LES
VOYAGES
TURQUIE (3ème VOYAGE) AOÛT 2008
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TURQUIE (2eme VOYAGE) AOÛT 2006
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Vendredi 11 août: cette fois, lorsque nous décollons de Montréal, je suis accompagnée de mon époux, trois de mes élèves et le mari de l’une d’entre elles. Nous sommes six au total et nous quittons le Québec pour Amsterdam.
Heure du départ : 19 :30.
Heure prévue d’arrivée : 07 :33 (heure locale).
Durée du vol : 6 heures.
Escale à Amsterdam puis départ pour Istanbul à 10 :00.
Heure prévue d’arrivée : 13 :55 (heure locale).
Durée du vol : 3 heures.
Voyage prévu : 3 jours à Istanbul et le tour de la Mer Égée (9 jours) puis retour à Istanbul (2 jours), une journée à Amsterdam avant de traverser l’océan Atlantique pour Montréal.
Conrad et son épouse Chantal font leur tout premier voyage en avion. Tout un baptême de l’air!
Samedi, 12 août : lorsque nous arrivons à notre hôtel, le Celal Sultan Oteli à Istanbul, il est près de 15 :30. Pour nous, il est 8 :30 du matin et il y a 26 heures 30 minutes que nous n’avons pas dormi. Pourtant, le groupe est tellement excité qu’après avoir laissé nos bagages à l’hôtel, nous partons visiter le Grand Bazar.
Je suis toute émue de constater que je me retrouve dans les rues d’Istanbul comme si j’avais quitté la ville la veille. Au bazar, je revois des gens avec qui j’ai gardé le contact (vive Internet). Je suis folle de joie. Nous sommes très bien accueillis.
Nous allons ensuite souper dans un petit restaurant que nous avions bien apprécié lors de notre premier passage. Nous montons ensuite sur la terrasse de notre hôtel. Nous avons le souffle coupé! Devant nous se dresse la basilique Ste-Sophie, aux couleurs saumonées, avec ses quatre minarets et pour toile de fond, la mer de Marmara. À sa droite, la Mosquée Bleue superbe avec ses six minarets ciselés et découpés dans de la dentelle de pierre.
À gauche, le palais de Topkapi avec ses dômes dorés. Le vent chaud nous caresse le visage. Je pleure de joie. Je suis enfin de retour. Je revois Istanbul La Magnifique, ville à laquelle je n’ai cessé de rêver pendant ces deux années d’écart entre le premier et le second voyage.
Pendant que Louis, mon époux, Caroline et moi décidons de redescendre à nos chambres pour enfin dormir, Yolande, Chantal et Conrad partent à pied vers la mer de Marmara. Ils ne ressentent pas encore la fatigue de notre longue traversée vers l’orient.
Dimanche, 13 août : nous déjeunons tous ensemble à l’hôtel. Aujourd’hui, le groupe se divise en deux. Ceux qui viennent pour la première fois en Turquie partent visiter le palais de Topkapi et ses alentours. Louis et moi retournons dans un quartier pas très touristique où nous avions vraiment « trippé » lors du premier voyage. Mais, juste avant de nous y rendre, nous visiterons les églises de Fethiye et Saint-Sauveur-in-Chora.
Après avoir vu Fethiye et Saint-Sauveur, nous dînons au restaurant Aziyadé juste en surplomb du Café Pierre Loti (appelé comme ça en l’honneur d’un écrivain français (1850-1923) ayant fait de la Turquie son pays d’adoption), qui lui est situé tout en haut d’un sentier de pierres traversant un énorme et magnifique cimetière ombragé par des arbres centenaires.
Après notre repas, nous nous rendons sur la Place de Eyüp, endroit fantastique pour observer les traditions musulmanes des Turcs. Nous remarquons des petits garçons se rendant à la fête de la circoncision. Il fait un soleil radieux et aucun nuage ne se profile à l’horizon. Nous traversons ensuite la Corne d’Or et dévalisons ensuite tous les magasins de musique que nous rencontrons dans le quartier Beyoglu, situé près de Taksim.
De retour à l’hôtel, nous prenons une bonne douche car il a fait très chaud, autour de 33° et nous retrouvons notre petit groupe sur la terrasse de l’hôtel afin de prendre une bonne bière froide (une Efes, bien sûr).
Un souper sur le toit-terrasse du Doy Doy est prévu vers 20 :00. Pendant que nous soupons, nous avons droit à l’appel à la prière et aux six minarets de la Mosquée Bleue s’illuminant dans la nuit… Moment magique!

Lundi, 14 août : nous partons tous pour le Grand Bazar d’Istanbul. Louis et moi avions recommandé au reste du groupe de regarder, de noter les prix et de réserver les achats pour notre retour à Istanbul dans 10 jours. Sur les lieux, nous nous séparons (rendez-vous à la porte Örücüler pour 13 :00) et partons à la découverte. Je dois rencontrer l’un de mes contacts car j’ai une grosse commande de costumes à lui remettre.
Nous nous retrouvons à l’heure prévue et j’éclate de rire. Mes élèves et Conrad ont tous d’énormes sacs remplis de toutes sortes d’achat. Ils n’ont pu résister! Nous revenons porter tout ça à l’hôtel en passant par le Bazar Égyptien, où les multiples odeurs d’épices nous chatouillent les narines.
Louis et moi avons rendez-vous avec M. Kaya, (une personne rencontrée lors de notre premier voyage, en 2004) au pied de la fontaine du Kaiser allemand Guillaume II de l’ancien Hippodrome situé tout près de la Mosquée Bleue. Le reste du groupe visitera Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue pendant ce temps.
Cela nous fait tout drôle de retrouver M. Kaya après deux ans. Il n’a pas changé. Il nous emmène voir la mosquée de Sokollu Mehmet Pasa puis une jolie petite citerne souterraine récemment découverte pendant des rénovations effectuées à un vieil hôtel. Nous allons visiter la boutique de tapis de l’hôtel en question. Pendant qu’avec l’aide de M. Kaya, nous négocions le prix d’un superbe tapis, une bombe saute dans le jardin situé en face de la Mosquée Bleue. Le bâtiment de pierres dans lequel nous nous trouvons a tremblé sur ses fondations mais la bombe a sauté pas très loin de mes élèves qui se trouvaient entre l’Obélisque de Théodose de l’Hippodrome et ce jardin.
Ils voient des policiers et des ambulanciers arriver de partout. Il y a trois blessés…
Nous nous retrouvons sur le toit-terrasse de notre hôtel, tous sous le choc. Entre-temps, le minivan que nous avons loué vient d’arriver et M. Kaya nous aide à lire le contrat de location. Nous n’avons pas vraiment le temps de nous arrêter et de penser.
Nous allons souper dans un beau grand restaurant de Sultanahmet mais je commence à ne pas bien me sentir. Louis me raccompagne à la chambre et, après une bonne douche, je m’étends sur le lit. Je devais aller voir les derviches tourneurs dans un monastère mais je préfère me reposer. Tout le groupe part avec Louis. Ils sont allés au même endroit que nous avions déjà visité il y a deux ans.
Mardi, 15 août : départ pour la Mer Égée. Nous avons un traversier à prendre à la gare maritime de Yenikapi, au bord de la mer de Marmara à 9:30. Louis est légèrement nerveux car il n’a jamais conduit à Istanbul où les feux de circulations sont très rares et où il y a une population de 15 millions de personnes. Les rues y sont très étroites et très achalandées.
Le petit bout de route que nous avons à faire se passe merveilleusement bien et je suis fière de mon homme. Il conduit comme un pro!
Nous montons à bord du traversier qui nous emmènera dans la partie asiatique de la Turquie. Durée de la traversée : 1 heure.
Tout se déroule très bien et nous débarquons à Yalova, Turquie. Nous partons au travers la campagne turque. Première destination : Bursa, la ville de la soie. Nous y rendons en une heure quinze minutes.
Une fois arrivés à Bursa, malgré toutes les cartes que Louis a préparé, nous sommes incapable de trouver notre hôtel, le Safran Oteli. Nous cherchons, cherchons, tournons, montons, descendons. Nous finissons par nous retrouver dans une rue tellement étroite que j’ai peur pour la peinture du véhicule. Il nous faut sortir de là…
Sur le trottoir, deux Turcs marchent. Je descends ma fenêtre et attire leur attention. Ils ne parlent pas anglais. Je leur montre la fiche technique de l’hôtel en me disant qu’en lisant le nom de l’hôtel, ils sauront nous montrer la voie. Pendant que nous tentons de nous comprendre mutuellement, un troisième homme se joint à eux. Avec des gestes, il nous montre qu’il veut monter à bord du véhicule et nous guider jusqu’à l’hôtel.
Je reconnais la bonté et la serviabilité innées des Turcs. Nous ouvrons la portière et il monte. À grands coups de gestes, il nous amène jusqu’à notre hôtel. Il nous laisse sur un « Iyi günler! » (bonne journée!) et disparaît avant même que nous ayons pu le remercier.
Après les formalités de l’hôtel, nous rangeons nos valises dans nos chambres et partons en expédition. Comme les rues sont encore plus étroites qu’à Istanbul, nous laissons le minivan dans le stationnement de l’hôtel et partons à pied. Il fait très chaud, 35° C et nous désirons de l’eau embouteillée.
Nous nous arrêtons donc dans un petit magasin situé au côté d’un fleuriste. Pendant que Conrad et Louis procèdent à l’achat de bouteilles d’eau, une femme sort de la boutique fleurie et nous offre à chacune, un bouton de rose blanc. Je souris et la remercie vivement. Nous prenons une photo que nous lui promettons de lui envoyer. Conrad n’en revient pas de la gentillesse de cette dame.
Deux rues plus loin, un marchand nous fait goûter à une sorte de fruit vraiment bizarre mais qui est très savoureux. Avec force gestes, il nous explique que nous deviendrons très fort si nous en mangeons. Il est vraiment sympathique et ressemble à Omar Sharif. Nous lui achetons deux fruits mais il fait si chaud (il fait maintenant 37° C à l’ombre) que les fruits fragiles éclatent dans le sac, quelques rues plus loin.
Nous dînons dans un petit restaurant qui porte le nom d’une spécialité du coin, l’Iskender Kebap et où la bouffe est réellement délicieuse. On me prépare une version végétarienne de ce mets.
Nous allons ensuite dans un « han » (immeuble de commerce) tout en pierres, appelé Koza Hani et construit en 1491. Deux étages de magasins qui donnent sur une cour intérieure aux fleurs incroyablement superbes. Les boutiques de vêtements, de foulards, de pièces de tissus en soie défilent les unes après les autres. À chaque fois que nous remarquons un système de climatisation, nous entrons. Il fait vraiment chaud. Jamais je n’ai expérimenté une chaleur comme celle-là.
Nous faisons cependant de magnifiques achats et nous revenons ensuite souper à l’hôtel. Après le repas, nous faisons venir un taxi car nous désirons aller dans des thermes réputés : le Eski Kaplica, ce qui veut dire « Vieux Bains » et datant de la fin du XIVe siècle. Lorsque le véhicule arrive, nous réalisons rapidement que nous pourrons tous y monter si deux d’entre nous acceptent de s’installer dans le coffre arrière (modèle hatchback). Conrad et Chantal grimpent avant même que j’aie fini d’exprimer mon incrédulité. La Turquie n’est pas le Québec. Nous nous entassons donc dans la voiture.
Soudain, en cours de route, nous entendons Chantal et Conrad crier de peur. Nous nous retournons tous, juste à temps pour voir arriver sur notre taxi un énorme autobus empli de gens. Le conducteur, au large sourire, s’arrête à environ 1mm du pare-choc arrière et j’exagère à peine! Tous les passagers rient comme des fous de la peur inscrite sur le visage de Chantal et Conrad. Nous éclatons tous de rire.
Nous débarquons sains et saufs aux thermes. Après avoir payé notre entrée, les femmes sont séparées des hommes. On nous dirige au quartier des femmes. Nous entrons deux par deux dans des cubicules pour nous déshabiller. Nous recevons une serviette dans laquelle nous envelopper.
Nous entrons dans la salle des thermes. Il y a une source d’eau très chaude (45 °C!) jaillissant d’un mur par la bouche de la tête d’un lion doré, ancré dans le roc. Cette eau se déverse dans une petite cuvette de marbre qui elle-même coule dans une grande piscine, de marbre également, et qui est située au centre de la pièce. Tout autour, le long des murs de la pièce, à intervalles réguliers, de petits éviers reçoivent de l’eau fraîche, au moyen d’un robinet doré que nous ouvrons quand nous désirons nous rafraîchir par ablution.
À l’entrée de cette salle, deux tables basses de marbre permettent à des clientes nues de s’étendre pour recevoir des massages savonneux au gant de crin, réalisés par des femmes turques spécialement formées. Ces femmes aspergent ensuite leur cliente d’eau froide en alternance avec de l’eau très chaude jusqu’à ce qu’elles soient entièrement rincées.
Avant d’entrer dans la piscine, nous devons nous rincer avec l’eau puisée au moyen de bols de plastique flottant dans les éviers. Nous nous sommes assises sur des bancs de marbre installés dans la piscine et nous avons laissé les lieux nous imprégner de leur histoire. Les échos d’un appel à la prière se sont insinués dans la salle jusqu’à nos oreilles. Bercées par l’eau chaude, le son lointain et mystérieux nous a laissé sans voix. Ce fut un moment complètement magique.
À la sortie des thermes, nous allons dans une pâtisserie située tout près. Nous nous asseyons à une table. Les filles racontent aux gars ce qu’elles ont vécu et les hommes nous parlent de leur expérience. Et nous rions à nous défaire les côtes parce que nous apprenons que nos chums ont eu à mettre des sandales de type Scholl, trop petites pour leurs pieds. Imaginez un grand bonhomme de six pieds, deux cent livres en sandales de bois avec une petite serviette autour des hanches… Hilarant!
Pour rentrer, nous voilà obligés de nous entasser sept dans un minuscule taxi. Chantal sur Conrad, au côté du conducteur et les quatre qui restent sur le siège arrière! Nous avons ri comme des fous jusqu'à l’hôtel.
En descendant du taxi, nous sommes allés prendre un breuvage sur un promontoire permettant l’observation de Bursa, toute illuminée.
Mercredi, 16 août : départ pour Assos, au bord de la mer Égée. Ce qui devait prendre trois heures de déplacement en prend cinq. La route est très étroite et nous sommes souvent pris derrière des véhicules lourds. Plus nous nous dirigeons vers le sud et plus nous avons chaud. J’ai personnellement beaucoup de difficulté avec la chaleur. Heureusement que nous avons l’air climatisé à bord du véhicule. Cependant, dès que nous voulons doubler un véhicule ou monter une côte, il faut arrêter la climatisation pour que le moteur puisse foncer à pleine puissance.
Nous arrivons à Assos par le sommet d’une montagne. Assos est un joli port de mer peu connu des touristes et situé en contrebas du village de Behramkale. Pour y descendre, nous devons emprunter une voie à flanc de montagne, sans parapet et toute composée de lacets multiples. On a toujours l’impression, juste avant de tourner brusquement, qu’on va tomber dans le précipice. C’est tout simplement terrifiant.
Je suis nonchalamment appuyée contre la portière, côté passager, lorsque je jette un œil par-dessus mon épaule. Je pousse un hurlement à faire frémir un mort. On voit la mer et les rochers directement en dessous et j’ai carrément l’impression que le véhicule a, dans le vide, les deux roues de droite. Je regrette vivement ma réaction quand, en me retournant vers mes amis, je remarque Caroline, blanche comme un drap et tremblante de peur.
Tout en bas, les rues sont les plus étroites que j’ai jamais vues. Il faut être un as pour conduire et j’ai sans cesse peur de ne pas pouvoir passer. Nous trouvons notre hôtel sans problème. Quand nous arrivons à la chambre, j’ai l’impression d’entrer dans un four, à 450°F. Nous avons l’air climatisé mais la chambre fait un coin de la bâtisse et dehors, il fait 40° C. Nous nous installons et nous allons dîner puis nous nous dirigeons vers la plage privée de l’hôtel. Des parasols de paille et des chaises longues invitantes nous attendent. Je m’étends pendant que les autres s’égaillent dans la mer Égée où ils se baignent pour la première fois. Il fait si chaud que je finis par aboutir dans la mer, en robe longue! Ah comme c’était bon!
Nous allons prendre notre douche et nous soupons au bord de la mer. Puis un chanteur et son guitariste s’installent sur une scène creusée dans la falaise et éclairée par des torches. Nous nous approchons et nous goûtons les chansons du répertoire turc (Baris Manço, Zülfü Livaneli, ...) Je ferme les yeux. Dans notre dos, au large, l’île grecque de Lesbos se devine dans la nuit tombante. Un vent tiède nous caresse la joue et je sens les larmes me monter aux yeux. L’émotion est très intense. Parce que j’ai un peu dansé avec Caroline, la directrice de l’hôtel nous fait parvenir un plateau de fruits à titre gracieux. En les quittant, je la serre dans mes bras. Nul besoin de parler. C’est le cœur qui le fait.
Jeudi, 17 août : départ pour Ayvalik ce matin. Il fait si chaud que notre linge lavé la veille a séché en quelques heures à peine. Nous déjeunons à l’hôtel puis je cherche la propriétaire afin de lui remettre des délices au sucre d’érable. Nous prenons une photo que nous lui enverrons.
Nous remontons la terrible côte et nous arrêtons prendre une photo d’un antique pont ottoman datant du XIVe siècle. Puis nous continuons vers Ayvalik. Nous irons dormir sur la presqu’île d’Alibey. Moi qui croyais avoir tout vu par rapport aux rues étroites, je reste bouche bée devant l’étroitesse des rues d’Alibey. Nous croisons un homme sur son âne et je comprends pourquoi il utilise ce moyen de locomotion.
Les rues sont si étroites que nous devons nous reprendre pour tourner sur une rue transversale. J’ai peur que le minivan parte avec les étalages des marchands. C’est vraiment très stressant.
Notre hôtel est d’une propreté incomparable et je suis enchantée. Il y a une piscine creusée dans la cour arrière. Après nous être baignés et reposés, nous allons admirer un coucher de soleil au sommet d’une montagne. Ce site se nomme Seytan Sofrasi (la table de Satan). Il y a un arbuste à vœux et la population turque attache des rubans blancs à ses branches. Lorsque le soleil touche l’horizon, un silence respectueux baigne la place. Tous les visages sont tournés vers ce point lumineux qui diminue pour s’éteindre tout doucement. Un grand calme nous envahit.
De retour au village d’Ayvalik, nous cherchons un restaurant et nous entrons voir les mezzés offerts par un Turc tout sourire. Je goûte à de délicieuses fleurs farcies au riz. Nous prenons notre repas, devant le resto, sur le trottoir. Soudain, Conrad s’exclame : « Regardez la bibitte! » Dans un bel ensemble, nous nous tournons et nous admirons le plus gros cloporte qu’il m’ait été donné de voir… Sauf qu’il se dirige vers notre table. Il monte après la patte de la table et nous nous éjectons d’un seul bond. Tous les Turcs nous regardent surpris et j’avoue que nous devons être assez dérangeants avec nos exclamations et nos mouvements brusques. Cela sonne l’heure du départ.
Pour garer le véhicule, cela a été tout un exploit avec Conrad et moi pour guider Louis d’un côté puis de l’autre. Louis devait tourner le véhicule dans un stationnement assez étroit et il a eu à s’y prendre à plusieurs reprises. Nous avons fini par y arriver sous l’œil attentif de trois vieux Turcs amusés, prenant l’air sur leur tout petit balcon.
Vendredi, 18 août : départ pour Foça. Nous avons trois chambres réservées au dessus d’un café. Cela m’inquiète un peu à cause du bruit. La réception est magnifique avec d’épais murs de pierres mais dès que nous montons à l’étage, je déchante. On se serait cru dans un appartement miteux de Montréal. Heureusement, nous n’y passerons qu’une nuit.
Nous sortons nous promener sur les quais du petit port. Le vent souffle sans répit. Il est si chaud que j’ai l’impression que mes verres de contact fondent sur mes yeux. Je dois sans cesse les hydrater. Après notre promenade, nous mangeons pour la forme au café d’en bas car nous n’avons pas très faim. Pendant le repas, le propriétaire distribue des produits contre les moustiques. Je regarde mon époux d’un air entendu. Cela ne me dit rien qui vaille et lui non plus. Et comme nous commencions à nous en douter, quand nous remontons à nos chambres, celle-ci est pleine de moustiques. Je tue tout ce que je trouve et je me couche pleine d’appréhension car je suis certaine que les fenêtres ne sont pas étanches. Il faut mentionner que les moustiques, jusque là absents de notre voyage, sont nombreux à cet endroit dû à la présence d’un affluent à proximité de la ville.
Nous avons très mal dormi. En plus du vrombissement perpétuel des moustiques, il y a un groupe de fêtards qui chante jusqu’aux petites heures du matin. Nous nous sommes levés tôt car nous avions hâte de quitter cet endroit plus qu’ordinaire.
Samedi, 19 août : départ pour Izmir, ville de deux millions d’habitants. Nous sommes attendus à l’hôtel Antik Han, petit hôtel installé dans une demeure ottomane restaurée sommairement. Les chambres sont propres mais les planchers sont recouverts de tapis. L’endroit est sec. Nous déposons nos valises et partons à l’aventure.
Il y a un centre d’achats luxueux donnant sur la mer près de l’embarcadère de Pasaport. Nous cherchons toutes les boutiques climatisées car il fait 41°C. Nous buvons le contenu de dizaines de bouteilles d’eau. Nous avons marché le long de la mer sur la promenade Kordonbuyu et finalement, nous soupons dans un resto italien. Pendant notre repas, un orchestre s’installe et une chanteuse nous charme de sa voix magnifique.
Dimanche, 20 août : départ pour Selçuk. Pendant que nous nous dirigeons vers notre nouvel hôtel, Louis m’apprend que c’est le moins cher de tous les hôtels du voyage. Me voilà emplie d’appréhension surtout après nos deux dernières nuits. De plus, pour s’y rendre, nous passons par des ruelles très étroites et sales. J’ai l’impression d’entrer dans le quartier le plus pauvre de la ville.
Nous trouvons l’endroit et dès que nous franchissons le portail, toutes mes craintes tombent d’un coup. Nous sommes au paradis terrestre. Le jardin est composé d’arbres fruitiers dont des grenadiers, des limiers et des citronniers.
Partout à l’ombre de parasols, de petites tables rondes et des chaises confortables nous accueillent. Tout près d’un sofa aux multiples coussins, un bassin d’eau nous calme de ses glouglous réguliers. Toutes les chambres donnent sur la cour. Nous montons à l’étage pour découvrir de merveilleux petits repaires chaleureux et admirablement décorés, dotés de planchers de céramique. Nous sommes enchantés.
En ressortant de ma chambre, je surprends un vol de cigognes. Incroyablement beau!
Visite du musée archéologique, l’un des plus intéressant en Turquie. Dépard pour Ephese, le site des plus belles ruines du monde, fondé au IVe siècle avant J.-C. À notre arrivée, on nous avertit que le mercure a déjà atteint 45°C et qu’à certains endroits sur le site, il fera 50°C. Je suis presqu’au bord de la panique tellement j’ai chaud. Mon époux merveilleux m’achète un parapluie. Caroline et moi nous couvrons de lotion solaire (elle est blonde, je suis rousse) et nous nous armons de bouteilles d’eau. Nous visitons un théâtre grec, une bibliothèque et des maisons en terrasses. Magnifique! Fabuleux! Aucune photo ne rend justice à la majesté des lieux. Aucun mot n’est assez fort pour décrire la beauté du site. Il faut voir ça au moins une fois dans sa vie.
Caroline a fait un coup de chaleur et nous avons pris soin d’elle jusqu’à ce qu’elle aille mieux. Je suis devenue toute rouge et essoufflée. Nous avions hâte de retrouver la climatisation du minivan.
Lundi, 21 août : départ pour Bodrum, ville située à la fin de la mer Égée et au début de la Méditerrannée. Cela nous prend 3 heures 30 pour nous rendre. Quand nous arrivons au Su Oteli (Hôtel de l’Eau), nous prenons possession de nos chambres qui donnent sur une majestueuse et rafraîchissante piscine. Tout l’hôtel est blanc mais les portes et tous les accessoires de bois ornant les murs sont peints de couleurs vives : rouge, jaune, turquoise. L’ensemble est magique. On dirait la Grèce. Nous sommes d’autant plus heureux que nous dormons deux nuits à cet endroit. Il fait 50°C pendant ces deux jours. Il fait si chaud qu’en marchant sur le trottoir, on sent nous envelopper la chaleur des moteurs des voitures qui attendent aux feux de circulation. La sueur nous coule le long des mollets.
Malgré cette chaleur, nous nous dispersons dans les rues emplies de marchés. Pour se protéger de la chaleur, la population a tendu des câbles au travers des rues et a fait pousser de la vigne. Il en résulte de gentilles petites rues ombragées que nous arpentons en long et en large. De retour à l’hôtel, nous sautons dans la piscine avec grande joie.
En soirée, Conrad, Chantal, Louis et moi décidons d’aller à la fameuse discothèque Halikarnas de Bodrum : www.halikarnas.com . Dans tous les livres touristiques, on en parlait comme étant l’endroit idéal pour expérimenter de nouvelles sensations. Et c’est tout à fait vrai. C’est une discothèque à ciel ouvert.
Imaginez un amphithéâtre d’inspiration grecque, ceinturé de colonnes et de palmiers, dont les gradins sont assez larges pour accueillir des tables rondes et des chaises. Voyez un escalier central menant à une piste de danse toute en marbre, une scène dans le fond à gauche; le DJ au deuxième dans un cubicule encore plus à gauche. Au fond à droite, au-dessus de quelques marches, le bar; encore plus à droite, une terrasse ceinturée d’un garde-corps avec en fond de scène le château St-Pierre illuminé, au fond de la baie de Bodrum. Vous levez la tête et vous admirez le ciel essaimé d’étoiles… Des jeux de lumières au laser passent d’un palmier à l’autre.
Divers numéros, tous plus ahurissants les uns que les autres, sont entrecoupés de danse pour tous au son d’une musique puissante et énergisante. Pendant la soirée, trois belles jeunes femmes s’avancent sur la scène en bikini. Lorsqu’elles arrivent tout au bord, des jets d’eau montent dans les airs et elles dansent au travers. Le DJ invite ensuite des clients à monter danser dans l’eau. Il fait si chaud que beaucoup répondent à l’appel. L’eau retombe sur le plancher de marbre et bientôt, nous nous ébattons tous comme des enfants sur une plage. Plus tard, nous recevons une fine bruine fraîche provenant de tuyaux qui s’avancent au-dessus de nos têtes. Encore une fois, cette eau est la bienvenue.
Après minuit, un pan de mur s’illumine et nous révèle tous les accessoires d’une batterie, solidement attachés. Plus haut, nous remarquons un jeune homme aux cheveux longs finissant d’ajuster une ceinture à sa taille! Et, avant que nous ayons réalisé ce qu’il s’apprêtait à faire, le voilà qui s’élance dans les airs et qui tape sur les tambours et cymbales avec ses baguettes! De ses pieds, il repousse le mur et vole de gauche à droite et de droite à gauche et de haut en bas et de bas en haut. Complètement fou comme numéro mais notre homme est doté d’une excellente oreille musicale et d’un bon sens de la synchronisation. Nous ressortons du Halikarnas aux petites heures du matin, crevés mais totalement éblouis.
Mardi, 22 août : visite matinale du château St-Pierre datant de l’époque des Croisades (1406) : impressionnante construction formant une presqu’île dans la baie de Bodrum. Dans l’après-midi, je décide de rester près de la piscine. Il fait trop chaud. Tout le groupe décide de faire la même chose. Nous nous promènerons en ville sur la fin de l’après-midi. Cette période de repos me fait du bien. Je vais même m’allonger dans notre chambre et je dors. C’est ensuite que nous sortons acheter deux magnifiques lampes de style ottoman et une théière ciselée. Ces cadeaux que je me fais, j’en rêvais depuis notre premier voyage et ce rêve est enfin devenu réalité. Je suis folle de joie. Après avoir soupé dans un restaurant correct, nous marchons le long de la mer avant de nous quitter vers 23 heures 30.
Mercredi, 23 août : retour vers Istanbul par les routes de campagne. Le déplacement s’effectue tellement bien que nous arrivons à Bandirma à 17:30 alors que nos billets pour le traversier indiquent 21:30. Louis, mon amoureux, va voir si nous pouvons les échanger afin de prendre le traversier de 18:30, ce qui nous arrangerait puisque nous serions plus tôt à Istanbul. Louis revient avec une bonne nouvelle. Il y a de la place sur le bâteau de 18:30 et nous pourrons le prendre. Yé!
Nous arrivons donc à Istanbul avec trois heures d’avance sur l’horaire prévu. Nous allons souper dans un resto tenu par un « professeur de danse orientale » turc. En rigolant, nous lui demandons si nous aurons droit à un spectacle de danse après notre repas. À notre grande surprise, au dessert, il nous invite à entrer à l’intérieur (nous étions sur la terrasse). Dans une petite salle, six chaises sont installées autour d’un espace central. Mes élèves me regardent excitées mais je me méfie. Car, durant notre repas, il m’a dit ne jamais avoir pris de cours de danse…
Une musique se fait entendre et il apparaît dans un costume légèrement saugrenu. Deux bandes élastiques de paillettes rouges enserre son front et un bras. Il porte une petite veste attachée sur le devant par deux bandes de tissu et un pantalon noir bouffant. Il arrive en marchant avec les pieds très écartés, les genoux fléchis et les bras repliés vers l’intérieur, un peu comme s’il imitait la démarche d’une poule. Je suis stupéfaite. Il se plante devant Caroline et tente de lui mettre dans la bouche, l’une des bandes de tissu de sa veste, de sorte qu’en reculant la tête et en tirant le nœud puisse se défaire. Caroline ne collabore pas du tout et je la comprends : notre danseur sent la transpiration à plein nez et le costume ne semble pas très propre.
Heureusement pour Caro, notre vedette se tourne vers une autre victime. Sans succès, il tente de faire danser Chantal qui refuse tout net. Il se plante alors devant Yolande qui elle, se lève avec un air déterminé. Je suis ébahie par sa hardiesse. Nous l’encourageons en faisant le youyou et en tapant dans nos mains. Il finit par la plaquer contre le mur et imite le déplacement sinueux du serpent en se frottant contre elle. Je dois avoir les yeux grands comme des assiettes! Il se tourne alors vers moi. Sans attendre, je me lève et danse. Il est un peu surpris par les mouvements que j’exécute car je ne pense pas qu’il se trouve souvent face à des danseuses de danse orientale. Nos gars m’encourage et je me défends bien. Ses serveurs applaudissent, placés tout au fond de la salle.
Il invite ensuite nos deux hommes à danser et là, nous rions comme des fous. Il leur demande de faire comme lui et il se couche sur le sol. Sans attendre, nos deux compères font la même chose et exécutent tous les mêmes mouvements que lui. Mais quels mouvements!!! La jambe droite en l’air qu’on secoue… La jambe gauche qu’on plie et qu’on déplie… Tout ça sur le dos. On s’amuse comme des fous. Les gens regardent au travers des fenêtres et sourient.
La danse prend fin et Conrad et Louis se relèvent. On se salue et nous quittons le restaurant. Peut-être espérait-il un gros pourboire? Nul ne le saura jamais.
Jeudi, 24 août : retour au Grand Bazar afin de finaliser ma commande. En après-midi, nous faisons une croisière trop courte sur le Bosphore. En soirée, nous allons souper au Orient House que nous avions déjà visité lors de notre premier voyage. Ils y offrent un bon spectacle et un excellent repas. Les danseuses sont de plus grand calibre que dans les autres endroits.
Sans le vouloir, je me retrouve à nouveau dans le concours de « bellydance ». J’ai reçu un diplôme que j’ai fièrement accroché à l’Académie, pour le plaisir.
Nous retournons à l’hôtel passer notre dernière nuit en sol turc. Je me sens le cœur lourd.
Vendredi, 25 août : nous faisons nos valises et nous nous retrouvons à l’aéroport. Le départ pour Amsterdam se fait avec vingt-cinq minutes de retard. Au décollage, plusieurs d’entre nous pleurent. Je regarde disparaître les minarets en me demandant quand je reviendrai.
À Amsterdam, nous laissons nos bagages en consigne et nous n’apportons que le strict nécessaire dans notre chambre. Nous prenons ensuite le train pour le centre-ville où nous trouvons un bateau-mouche pour faire une croisière sur les canaux de cette belle ville composée de joyaux architecturaux.
Nous pouvons ainsi admirer de grandes demeures de quinze à quarante pièces, aux hauts plafonds et aux larges fenêtres. Nous passons sous des ponts et à chaque intersection, il faut faire attention à ne pas heurter d’autres bateaux.
Nous remarquons un très vaste stationnement à étages, comme les nôtres pour les voitures, mais plein à craquer de bicyclettes. C’est amusant de constater la grande place qu’Amsterdam fait aux cyclistes. Toutes les autoroutes sont bordées de pistes cyclables. Un bel exemple à suivre.
Nous mangeons ensuite dans un restaurant italien. La bouffe y est excellente. Nous traversons le Red Light aux vendeuses de charmes pulpeuses. Nous revenons à 1:30 du matin… problème de train.
Samedi, 26 août : retour à Montréal avec la compagnie aérienne KLM. Heure d’arrivée prévue pour 15:53.
CONCLUSION : Notre voyage a été incroyable, fabuleux, pleins d’aventures de toutes sortes. Nous avons tellement aimé être ensemble que tout le groupe se revoit sur une base périodique car nous nous préparons pour un autre voyage en 2008. Cette fois, nous visiterons la Turquie et ses côtes méditerranéennes. Bien sûr, nous nous promettons de revoir certaines villes « coup de cœur ». C’est pourquoi nous partirons trois semaines.
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TURQUIE (1er VOYAGE) AOÛT 2004
Du
23 août au 2 septembre 2004, Aïcha a eu
la chance incroyable d’aller en Turquie et,
plus spécifiquement, à Istanbul.
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Istanbul,
ville magique où les mosquées aux minarets
effilés chauffent leur dôme doré au soleil.
Istanbul, endroit où le passé et le présent
se côtoient. Istanbul, la ville des différences. Istanbul
la magnifique!
Mon époux
Louis et moi sommes descendus au Ibrahim Pasha Oteli, charmant
petit hôtel de la fin du 19e siècle. Nous avions
décidé d’y passer 10 nuits afin de prendre
le temps de visiter la ville de fond en comble. Comme cet endroit
ne comporte que 19 chambres, nous avons rapidement établi
des liens d’amitié avec le personnel.
Pendant
ce séjour, nous avons eu la chance d’être
admis dans un monastère, non touristique, afin d’assister à une
cérémonie musulmane hebdomadaire où des
derviches tourneurs ainsi que des derviches hurleurs pratiquaient
leur religion. Ce fut l’un des moments intenses de notre
voyage.
Dès
notre arrivée, on me demande de me voiler et de me déchausser.
Je cache donc mes cheveux, de la façon dont une gentille
musulmane de Québec m’a enseignée, sous
un foulard que j’ai acheté avant de partir. On
me souffle, en anglais à l’oreille, de me glisser
jusqu’aux femmes voilées, assises en retrait dans
un coin de la salle centrale du monastère.
Les
derviches hurleurs sont également assis en tailleur,
sur des tapis, dans une petite pièce, en compagnie de
musiciens et d’un chanteur. Ils psalmodient en décrivant
un arc de cercle avec leur corps.
Au
moment précis où le chant prend une tournure
de plus en plus envoûtante, des hommes coiffés
d’un haut chapeau cylindrique de feutre beige et vêtus
de longues robes longues circulaires noires, se présentent à l’entrée
de la salle centrale, dépourvue de tapis.
Le
premier, le chef spirituel des derviches salue avec déférence
et entre d’une démarche lente. Il se dirige au
fond de la grande pièce et se tourne vers les autres
derviches tourneurs, restés sur le pas de la porte.
En
ligne, ils s’avancent à leur tour en saluant avant
de pénétrer dans la salle. Sur un signe des yeux
de leur chef, ils se mettent à tourner les uns après
les autres en formant un grand cercle. Leur air extatique nous
captive et je sens de longs frissons me parcourir.
Leur
chef les surveille du regard et dès qu’il observe
un signe de fatigue chez l’un d’eux, il frappe
le sol du pied. Les derviches tourneurs cessent alors de tourner
après un dernier salut et s’alignent de part et
d’autre de leur guide.
Les
derviches hurleurs psalmodient de plus belle et après
quelques minutes de repos, les derviches tourneurs reprennent
leur ronde béate. Ils répètent cette séquence
quatre à cinq fois et, sur un dernier salut au chef,
quittent la salle suivis de leur maître.
Je
comprends que tout est terminé lorsque je vois les fidèles
se lever et quitter un à un la pièce. Je viens
de passer quelques heures ensorcelantes, qui m’ont paru à peine
quelques minutes. Je suis consciente de l’immense chance
que je possède.
Pendant
ce voyage, je m’étais donné comme objectif
de rechercher les « night clubs » présentant
des spectacles de danse orientale. J’ai donc visité trois
de ces maisons : le Kervansaray, le Orient House et le Gar
Club.
Dans
chacune de ces boîtes, la formule de présentation était
la même : solo d’une première danseuse,
numéro d’une troupe de folklore turque, solo d’une
seconde danseuse, second numéro de folklore, solo d’une
troisième danseuse, numéro de danseurs cosaques
et finalement, apparition d’un chanteur-animateur. Ceci
nous donnait environ deux heures de spectacle.
Au
Kervansaray, l’endroit le plus cher, 75 Euro / personne(repas
+ spectacle) ce qui égale +/- $120./personne, les musiciens
semblaient sur le pilote automatique. D’ailleurs lors
des prestations des danseuses, ils s’étaient éclipsés
et la musique nous provenait d’un cd.
J’ai été déçue
par la prestation des trois danseuses. Tout d’abord,
elles entraient toutes de la même façon sur scène,
sans éclat, en laissant traîner leur voile dans
les marches comme si personne ne les regardait.
Une
fois sur la scène, une seule a su quoi faire avec son
voile, les autres nous donnaient l’impression d’avoir
bien hâte de s’en débarrasser. Je garde
sous silence la façon très ordinaire dont elles
se sont dégarnies de cet accessoire finalement encombrant.
Leur
posture était triste : dos cambré, épaules
en avant, bras maintenus ballants le long du corps, jambes
très écartées. Aucune n’était
capable de maintenir son shimmy plus d’une dizaine de
secondes et on sentait que c’était un effort terrible.
Et,
ce qui m’a le plus horripilée, c’est l’attitude
aguicheuse qui entretient les préjugés à connotation
sexuelle que nous rencontrons inévitablement sur notre
route, nous les danseuses orientales.
J’ai
vu de mes yeux une danseuse se diriger vers un homme assis
au premier rang, s’agenouiller et lui faire une mimique
avec ses doigts formant deux cercles devant ses yeux, nous
apprenant ainsi qu’il avait les yeux exorbités
et qu’il semblait estomaqué par l’usage
qu’elle faisait de sa poitrine, en dansant.
C’était
du plus mauvais goût. À plusieurs reprises, par
ses mimiques peu valorisantes face au public mâle, on
a senti son mépris envers la gent masculine. J’étais
désolée pour tous ces hommes et j’ai aussi
compris que tant et aussi longtemps que des danseuses agiront
ainsi, nous serons en butte à tous ces préjugés.
Le
Orient House est, à mon avis, le meilleur endroit où aller
pour voir un show de qualité. Tout d’abord, les
musiciens sont doués et enthousiastes. Les danseuses
y performent en leur compagnie, permettant une synergie intéressante à observer.
Déjà,
les numéros étaient d’un plus haut calibre.
J’y ai vu des jeux de voile intéressants, un maniement
de la canne un peu trop vigoureux, voire même dangereux
pour certains spectateurs placés près de la scène,
et une entrée majestueuse avec le chamadan.
Malheureusement,
là aussi la dernière danseuse a fait quelques
gestes désolants. À un pauvre homme assis en
face d’elle, la reine du show (elle était très
belle, un peu dans le style de Cher) a mimé la bave
qui coulait au bord de ses lèvres. C’était
très humiliant, d’autant plus qu’il était
accompagné d’éminents collègues
qui se sont bien moqués de lui.
Un
concours de « belly dance » y est organisé avec
des femmes du public, choisies par des serveurs affables. À ma
grande surprise, je me suis retrouvée sur la scène
et j’ai bien fait rire le public quand, après
que le chanteur-animateur nous ait « enseigné » quelques
pas, j’ai eu à les exécuter en solo.
Comme
j’étais la seule représentante du Québec
(interpréter Canada car très peu de Turques connaissent
notre bien belle province), j’ai décidé de
mettre le paquet. Son air totalement ahuri et les applaudissements
de la foule ont été ma grande récompense.
Je suis ressortie de ce concours avec une jolie médaille
où il est inscrit « Belly dance winner » sur
un côté et à l’envers, « Love
from Turquish».
En
bref, dans ce night club, nous nous sommes bien amusés
et la soirée a été trop courte.
Au
Gar Club, mis à part un claviériste et un DJ,
nul musicien en vue.
La
scène est constituée de deux parties, dont une,
la plus près du public, monte et descend au bon vouloir
du DJ. L’idée est tout à fait intéressante
mais le problème, pour les gens placés tout contre,
c’est que l’abaissement de cette partie de la scène
provoque un déplacement important d’air nauséabond
très déplaisant. Et, le DJ semble prendre un
malin plaisir à actionner le bouton commandant cet effet
spécial.
Mis à part
ce petit inconvénient, le spectacle présenté était
honnête et l’une des danseuses, dans la plus pure
tradition égyptienne, est venue chercher Louis pour
le faire danser. Cette technique d’animation n’a
pas été utilisée dans les autres boîtes
visitées. Les danseuses se sont comportées d’une
façon très correcte envers le public et je n’ai
point vu de gestes désobligeants de leur part.
En
résumé, si vous faites un tour à Istanbul,
l’endroit qui vaut la peine d’être visité est
sans contredit le Orient House. La nourriture y est excellente,
le spectacle de qualité et le prix très abordable
surtout si on compare aux deux autres boîtes.
Bien
sûr, dans ce volet, je parle de tous les aspects de la
danse que j’y ai vus mais Istanbul est beaucoup plus
que ça. Si vous passez par cette ville fantastique,
la seule à être à cheval sur deux continents
: l’Europe et l’Asie, je crois fermement que vous
devriez lui accorder plusieurs jours de visite.
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